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  Si je rappelle aux miens nos aïeux phéniciens,
C’est qu’alors nous n’étions au fronton de l’histoire,
Avant de devenir musulmans ou chrétiens,
Qu’un même peuple uni dans une même gloire ...
Charles Corm
La montagne inspirée, 1934
 

La Revue
Archéologie
Trois mille ans plus tard, la résurrection du « prêtre phénicien » à Saïda
Source: L'Orient Le Jour
mai 2014


Bes contre le mauvais œil.

De ce chantier archéologique en permanente évolution depuis 16 ans a surgi « la seule statue de prêtre phénicien découverte au Liban depuis les années 1960. Il n'en existe que trois autres conservées au musée national de Beyrouth, provenant de Sidon (collection Ford), d'Umm el-Amed et de Tyr », a indiqué Claude Doumit Serhal. Pour faire état de cette « exceptionnelle découverte », la chef de la mission archéologique du British Museum a tenu une conférence de presse sur le site de l'ancienne École américaine, à Saïda, où un haut lieu de culte funéraire a perduré de la fin du IVe millénaire jusqu'à la période médiévale.

Sous les mêmes cieux, Tanit, Bes et le prêtre

Sculpté dans la pierre « ramlé », le prêtre phénicien est adossé à un long pilier dorsal. Le bras gauche tombe le long de son corps. Le poing fermé, il tient un objet cylindrique, un rouleau ou un mouchoir. Il est vêtu d'un pagne plissé rappelant le « chendjit » égyptien, à large pan central bordé par deux « uraei » (cobras) à têtes dressées. La jupe et les jambes gardent encore les traces d'une peinture rouge. « Il ne fait aucun doute que cette pièce unique tiendra une place centrale dans le futur musée du site dont la construction, financée par le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe, débutera cet été », souligne Claude Doumit Serhal.

Datée du VIe siècle avant J.-C., la statue a été découverte couchée sur le ventre sous un pavement de marbre qui couvrait un caniveau de drainage de l'époque romaine (IIe siècle après l'ère chrétienne). Deux rangées de cinq trous gravés dans son dos révèlent qu' « elle a également servi de support à un jeu de société appelé Mancala, dérivé du mot arabe naqala, signifiant littéralement déplacer », souligne l'archéologue, se référant ainsi aux explications fournies par Irving Finkel, spécialiste des jeux anciens au British Museum. Et justement, un jeu de dés et des pions de formes variées ont été dégagés durant la campagne de fouilles.

Sur le site trônait également le signe en bronze de la déesse phénicienne Tanit/ Astarté, daté du Ier millénaire avant J.-C. « Une découverte rare car le Liban n'en possédait jusque-là que deux : l'un issu du site de Sarepta (nord de Sarafand) et l'autre provenant des fouilles de Tyr », explique Claude Doumit Serhal.

Le Ier millénaire a livré aussi une tête de Bes en terre cuite. Ce dieu égyptien à l'aspect peu avenant, qui passait pour chasser les mauvais esprits et le mauvais œil, avait été adopté par les Phéniciens. Représenté de face, son visage grimaçant est encadré par deux grandes oreilles et une crinière de lion.


Tanit (bronze, Ier millénaire)

156 sépultures exhumées

Au sein des couches archéologiques du IIe millénaire, les archéologues ont déterré vingt jarres funéraires et tombes à fosse construites, portant ainsi à 156 le nombre de sépultures exhumées depuis 1998... Autour de ces tombes, où se tenaient des banquets en l'honneur des morts, de nombreux objets ont été recueillis, dont un scarabée, une jarre égyptienne, des poteries cananéennes, des pinces à braise ou à épiler, la statuette en terre cuite d'une mère portant son enfant et un sceau cylindre gravé d'une scène représentant une procession humaine, dans le style caractéristique d'Ebla.

Le Vicia faba de Sidon

Puis, en plein dans le IIIe millénaire, les fouilles dévoilent le prolongement du quartier économico-religieux : un grand bâtiment public, composé de petits foyers pour faire la cuisine, des unités de rangements pour la conservation des graminées, une sècherie de poissons et des dépôts de produits de chasse, a révélé trois nouvelles pièces. Parmi celles-ci, ne salle de stockage en briques crues renfermant un depôt de 200 kg de blés carbonisés appelés « Triticum monoccocum », précise Claude Serhal. « Toutefois, dit-elle, en identifiant plus de 160 kg de Vicia faba, on peut affirmer que le "foul" est la légumineuse préférée de Sidon. » Et, « fait intéressant, ajoute-t-elle, les grains sont plus petits que ceux d'aujourd'hui ».

Saïda, une des plus anciennes villes du Liban, continue donc de livrer ses trésors. Et les excavations, qui se poursuivent (grâce à la générosité du Fonds koweïtien pour le développement économique arabe, et celle de la Cimenterie nationale SAL et la Fondation Hariri), pourraient encore révéler de nouveaux éléments...

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