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  Si je rappelle aux miens nos aïeux phéniciens,
C’est qu’alors nous n’étions au fronton de l’histoire,
Avant de devenir musulmans ou chrétiens,
Qu’un même peuple uni dans une même gloire ...
Charles Corm
La montagne inspirée, 1934
 

La Revue
Colloques
Note sur l’architecture religieuse en Phénicie septentrionale
Michel Al-Maqdissi
févr. 2014

Le développement des travaux de terrain dans la partie septentrionale de la Phénicie a permis de récolter d'importantes informations sur la nature de l'occupation de la région durant le premier millénaire et surtout sur plusieurs types de monuments qui touchent à la vie religieuse.

Ainsi, les fouilles menées à Tell Sianu[1], à Tell Toueni[2] et à Ras Ibn Hani[3] ont livré des plans presque complets des petits sanctuaires et de temples qui ont permis de procéder à une révision générale de cette catégorie de monuments[4] déjà attestée sur plusieurs sites notamment à Tell Sukas et à Amrith.

Il apparaît que les monuments connus[5] appartiennent à trois types différents :

Dans un premier type regroupe les monuments de dimensions importantes dont la superficie atteint 2600 m². Ce type est attesté à Amrith (fig. 1a-b) avec un sanctuaire taillé dans le rocher[6]. Il est lié à des fonctions spéciales de pèlerinage autour d'un bassin avec un naos central (fig. 2a-b) et entouré de portiques[7]. Le dieu principal qui y était vénéré était Melkart-Héraclès (fig. 3a-b), dieu guérisseur.

Il représente le monument principal pour toute la Phénicie du septentrionale. Cette situation se retrouve en Phénicie méridionale autour du sanctuaire d'Eshmoun à Boustan ech-Cheikh au nord-est de Sidon[8], qui comporte lui aussi un bassin et que l'on peut considérer comme le pendant sud de celui d'Amrith.

Le deuxième type de monument comporte les bâtiments d'une superficie qui ne dépasse pas les 1200 m². Il est attesté sur les deux sites de Tell Sukas[9] (fig. 4) et de Tell Touini[10]. Il s'agit là du sanctuaire principal de la cité organisé autour d'un monument central disposant d'un podium ou d'une plateforme et entouré d'un temenos qui délimite l’espace sacré à ciel ouvert souvent muni d'un autel, d’une plateforme cultuelle ou de plusieurs puits et de bassins qui servaient sans doute dans les rites de purification préalable à l'entrée dans la cella du temple.

Le troisième type architectural comprend les bâtiments dont les superficies varient entre 350 et 150 m². Il est attesté à Tell Sianu[11] (fig. 5) et dans la zone du port sud de Tell Sukas[12] (fig. 6). Il s'agit de petits sanctuaires rattachés à un quartier spécifique de la cité. Ce type adopte souvent le plan d'un petit complexe religieux centré sur un monument principal doté d'une cour et parfois une aire consacrée à des cérémonies de purification ainsi que d'un autel qui devait contenir une représentation de la divinité ou son symbole.

Souvent, ces monuments sont construits de matériaux simples similaires à ceux qui furent utilisés dans la construction des cités. Mais, ils sont parfois décorés d'éléments architecturaux sculptés comme des corniches ornées de merlons ou à gorge égyptienne. Nous attestons parfois la présence des gargouilles engagés dans la maçonnerie (fig. 7), des petits naos crénelés munis de merlons (fig. 8), des fûts quadrangulaires couronnés de double gorge égyptienne (fig. 9), des larmiers…

Ce qui est remarquable, c'est que ces monuments avec ceux trouvés dans la partie méridionale du pays ne relèvent pas à un schéma commun et que les variations sont assez nombreuses à l'exception du bâtiment central. En fait, le temple, qui comporte le plus souvent une cella précédée d'une anti cella, dessine un plan (fig. 10) hérité de la tradition syrienne des IIIe et IIe millénaires av. J.-C.[13]


Bibliographie

Al-Maqdissi 2004-2005

M. Al-Maqdissi : « Notes d'archéologie levantine, XII. Recherches archéologiques récentes dans la partie nord de la Phénicie, architecture religieuse dans la plaine de Jablé », Annales Archéologiques Arabes Syriennes, XLVII-XLVIII, p. 341 et 83-89 (en arabe).

Al-Maqdissi 2007

M. Al-Maqdissi : « L’architecture religieuse phénicienne dans la Plaine de Jablé, recherches en Phénicie du nord », La Méditerranée des Phéniciens de Tyr à Carthage, éd. E. Fontan, Paris, p. 62-63.

Al-Maqdissi 2012

M. Al-Maqdissi : « Notes d'archéologie levantine, XXVII. Vingt ans de fouilles archéologiques à Tell Sianu dans la plaine de Jablé (1990-2009) », Etudes Ougaritiques II, éd. V. Matoïan, M. Al-Maqdissi et Y. Calvet, Paris, p. 297-315 (= Ras Shamra Ougarit XX).

Al-Maqdissi 2013

M. Al-Maqdissi : « Notes d’archéologie levantine XXXIX. Rapport préliminaire sur les travaux syriens à Ras Ibn Hani (campagne 2011). », Etudes Ougaritiques III, éd. V. Matoïan et M. Al-Maqdissi, Leuven, p. 425-454 (= Ras Shamra Ougarit XXI).

Al-Maqdissi, van Lerberghe, Britschneider et Badawi 2007

M. Al-Maqdissi, K. van Lerberghe, J. Britschneider et M. Badawi : Tell Tweini, les fouilles syro-belges, Damas, 2007 (= Documents d’Archéologie Syrienne X).

Bretschneider et van Lerberghe  2008

J. Bretschneider and K. van Lerberghe (éd.) : In Search of Gibala, An Archaeological and Historical Study Based on Right Seasons of Excavations at Tell Tweini (Syria) in the A and C Fields (1999-2007), Barcelona, 2008 (= Aula Orientalis Suppl. 24).

Dunand 1973

Dunand M. : « Le temple d'Eshmoun à Sidon, essai de chronologie », Bulletin du Musée de Beyrouth, XXVI, p. 7-25.

Dunand et Saliby 1985

Dunand M. et Saliby N. : Le temple d'Amrith dans la Pérée d’Aradus, Paris (= Bibliothèque Archéologique et Historique CXXI).

Ishaq 2013

Ishaq E. : «  Note sommaire sur les figurines en terre cuite de Ras Ibn Hani (campagne 2011), », Etudes Ougaritiques III, éd. V. Matoïan et M. Al-Maqdissi, Leuven, p. 465-475 (= Ras Shamra Ougarit XXI).

Margueron 1991

Margueron J.-Cl. : « Sanctuaires sémitiques », Supplément au Dictionnaire de la Bible, XI, éd. J. Briend et E. Cothenet, col. 1104-1258, Paris.

Renan 1864

Renan E. : Mission de Phénicie, Paris.

Riis 1970

Riis P. : The North-East Sanctuary and the First Settling of Greeks in Syria and Palestine, Copenhague (= Publications of the Carlsberg Expedition to Phoenicia 1).

Riis 1979

Riis P. : The Graeco-Phoenician Cemetery and the Sanctuary of the Southern Harbour, Copenhague (= Publications of the Carlsberg Expedition to Phoenicia 7).

Stucky et Mathys 2000

Stucky R. et Mathys H.-P. : «  Le sanctuaire sidonien d’Eshmoun, aperçu historique du site, des fouilles et des découvertes faites à Boustan ech-Cheikh », Bulletin d’archéologie et d’architecture libanaises, IV, p. 123-148.


Liste des figures

Fig. 1a : Amrith, plan du sanctuaire de Melkart-Héraclès, d’après Dunand et Saliby 1985, pl. LXI.

Fig. 1b : Amrith, proposition (sous réserve) de la restitution du sanctuaire de Melkart-Héraclès, conservée dans les Archives Saliby à la DGAM.

Fig. 2a : Amrith, proposition de la restitution de la façade orientale du naos central du sanctuaire de Melkart-Héraclès, conservée dans les Archives de N. Saliby à la DGAM.

Fig. 2b : Amrith, proposition de la restitution du naos de Aïn el-Hayât, « la Fontaine des Serpents », d’après Renan 1864, pl. IX.

Fig. 3a : Amrith, statue de de Melkart-Héraclès en pierre de ramlé trouvée dans la favissa du sanctuaire et conservée au Musée Tartous.

Fig. 3b : Amrith, tête de Melkart-Héraclès en pierre de ramlé trouvée dans le bassin du sanctuaire et conservée au Musée Damas (A 612).

Fig. 4 : Tell Sukas, plan du sanctuaire de la phase G3, d’après Riis 1970, fig. 19.

Fig. 5 : Tell Sianu, restitution du sanctuaire de la phase IV réalisée par Michel Al-Maqdissi et Rami Yassine.

Fig. 6 : Tell Sukas, plan du sanctuaire du port sud, d’après Riis 1979, fig. 221.

Fig. 7 : Amrith, gargouille en pierre de ramlé trouvée dans le bassin du sanctuaire, photographie d’Eva Ishak.

Fig. 8 : Amrith, petit naos crénelé munis de merlons en pierre de ramlé trouvée dans le bassin du sanctuaire, d’après Dunand et Saliby 1985, fig. 3.

Fig. 9 : Amrith, fûts quadrangulaires couronnés de double gorge égyptienne trouvés dans le bassin du sanctuaire, d’après Dunand et Saliby 1985, fig. 4.

Fig. 10 : Tell Sukas, plan du temple placé à l‘intérieur du sanctuaire de la phase G3, d’après Riis 1970, fig. 23.


[1] Travaux menés par une équipe syrienne sous la direction succéssive d’Adnan Bounni et Michel Al-Maqdissi. Cf. à ce propos : Al-Maqdissi 2012.

[2] Travaux menés par une équipe syro-belge sous la direction de Karel van Lerberghe, Joachim Britschneider et Michel Al-Maqdissi. Cf. à ce propos : Al-Maqdissi, van Lerberghe, Britschneider et Badawi 2007 et Bretschneider et van Lerberghe  2008.

[3] Travaux menés en 2011 par une équipe syrienne sous la direction de Michel Al-Maqdissi. Cf. à ce propos : Al-Maqdissi 2013 et Ishaq 2013.

[4] Cf. à ce propos : Al-Maqdissi 2004-2005 et Al-Maqdissi 2007.

[5] Il s’agit d’un total de neuf monuments.

[6] Pour ce monument, cf. Dunand et Saliby 1985.

[7] Dans un autre sanctuaire répéré par Renan, nous atteston la présence à l’ouest du sanctuaire de Melkart-Héraclès d’un monumenr associé à un bassin et de deux naos avec, cf. Renan 1864 : p. 68-70.

[8] Pour ce monument, cf. pricipalement Dunand 1973 et Stucky et Mathys 2000.

[9] Pour ce monument, cf. Riis 1970 : p. 40-91.

[10] Monument inédit du chantier B.

[11] Pour ce monument, cf. Al-Maqdissi 2012 : p. 301-303.

[12] Pour ce monument, cf. Riis 1979 : p. 33-68.

[13] Pour comparaisons, cf. Margueron 1991.



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